LE BERRY

En bal folk, on aborde toutes les régions, toutes les époques, tous les styles
Les danseurs qui ont appris en faisant des stages, savent généralement à quelle région, quel style, se rattache chaque danse.
Cependant, de plus en plus, d'autres viennent en bal apprendre à danser, en imitant "ceux qui savent".
Pour ceux là, et pour les débutants, je vais tracer un panorama des types de danses et des régions de France, en insistant sur le style propre à chacune.

Le chant traditionnel
La Bretagne - L'Auvergne
Les contredanses - Le Poitou - Gascogne-Béarn

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Ecoutez les "berriauds",
c'est la chanson des traines !
C'est l'flutiau des ralets
su'la l'vée des étangs..
C'est l'angelus du soir
que nous appourt' l'vent
Et la voix des derniers brioleux
dans la plaine..
Ecoutez.c'est le rio,
la chaume, les taillis,
Les guerlets dans les blés,
les oiseaux dans les nids..
C'est la musette, au loin,
et la vielle qui sonnent
C'est la chanson de l'amour
qu'un pastouriau fredonne.

Ecoutez les "berriauds", c'est l'écho du Berry..

Il semble que les formes de danses du Berry les plus anciennes soient les branles. Ils portaient presque toujours le nom de la localité dans laquelle ils étaient pratiqués. On disait aussi bien : chanter un branle, jouer un branle ou mener un branle.
Jean-Michel Guilcher définit le mouvement du branle berrichon comme étant "ample, vigoureux et rebondissant, même chez les femmes - son style frustre rappelle irrésistiblement les miniatures ou dessins du Moyen Age et de la Renaissance, représentant des danses de paysans et de bergers".
Les airs et les rythmes des "branles" sont très divers : Branle de Cosnay ; Branle d'Ecueillé ; Branle à six de La Châtre.. Ce sont des danses à forme collective, de même que les ronds dont certains se dansaient généralement autour des feux de la Saint-Jean (Ronde de Saint-Jean), ronds d'Argenton, également, très agréables à chanter et à danser..

Mais dans tout le centre de la France et en particulier dans le Berry, le folklore dansant est dominé par la bourrée, dont les versions et les variantes forment un répertoire très important.


Les différents types de bourrées:
Plusieurs types de bourrées ont pu être définis dans le Berry :
- La bourrée carrée, celle qui pour sa pureté et son ancienneté, a inspiré de longues pages à notre grande romancière George Sand. La bourrée carrée, sous toutes ses formes, se danse à quatre, et uniquement dans le sud du Berry (région de La Châtre) sur un rythme à deux temps. George Sand décrit cette danse comme étant "souple", bien rythmée et très gracieuse dans sa simplicité. Les filles sont droites, sérieuses, avec les yeux invariablement fixés à terre.
- Les bourrées "croisées" se dansent également à quatre mais sur un rythme à trois temps.

- Les bourrées "droites" se pratiquent à deux ou très collectivement dans un ordre parfait, 
mais où chaque couple agit pour son propre compte, en ligne dans la collectivité.


- Les bourrées "en rond" à trois temps, comme les bourrées croisées et les bourrées droites, mais avec un nombre indéterminé de couples.

Toutes ces bourrées sont extrêmement différentes des danses qui se pratiquent dans les provinces voisines (Nivernais, Bourbonnais, Auvergne et Limousin) bien que certaines d'entre elles ont subi une influence très marquée quant aux mélodies d'importation.
Chez nous, un "vire" on "carre" sans gestes des bras, sans bâton attaché au poignet, sans claquement des doigts, sans cris proférés au cours de la danse.
En plus de ces danses traditionnelles que sont la bourrée et le branle, nous avons dans le Berry des danses généralement plus récentes et souvent d'origine citadine ou étrangère, qui ont été adoptées vers la fin du siècle dernier : polkas, marches, gigues, mazurkas, scottisches, valses qui se dansent par couple (machtagouine, polka cafouillée, gigue; valsovienne, palala, casse-noisette, etc. ).
Enfin il nous faut également mentionner les danses initiatives ou de divertissement (Ageasse ; polka du lapin ; aéroplane ; moutons ; Barthaumiau ; crapauds.. ).
Il n'y a pas longtemps encore, nous avions plaisir à voir nos "anciens" danser la bourrée. Souvent des enfants, ainsi que des vieilles grand-mères, qui n'étaient pas les moins ardentes à faire voler leurs cotillons et parfois à dénouer les jolies brides de leur bonnet, se mêlaient à la danse.
 

EN BAL FOLK:
Les bourrées du Berry sont très souvent dansées en bal, généralement en bourrées droites.
Il existe cependant quantité de bourrées en rond , notamment la Brande ,la bourrée de ste Sévère (cliquer sur la partition pour l'entendre, en midifile)

 et des bourrées à quatre en Berry., comme la bourrée carrée de la Chatre, la bourrée de Sarzay.

Le style est très différent des bourrées d'Auvergne, car ici, les bras des danseurs restent ballants le long du corps, accompagnant simplement le mouvement général de la danse.
Le pas berrichon est très glissé, le premier pas de bourrée plus allongé que les autres.
Le corps est légèrement en avance sur le mouvement.


Les figures des bourrées berrichonnes sont très variées :

Avant deux simples ;
Avant deux épaulés (on présente l'épaule droite à son partenaire) ;
Avant deux en épingles à cheveux ;
Avant deux en V ;
Avant deux marqués ;
Croisés en épaulés du Bas Berry ;
Croisés marqués (avec un frappé de pied) ;
Croisés mussés (sorte de jeu où l'on simule un zigzag) ;
Croisés tournés, très rapides (sur un pas de bourrée, on a déjà croisé en tournant) ;
Poursuites ;
Moulins ;
Dos-à-dos (épaule gauche, en Berry).

Ainsi, en bal, on peut vraiment s'amuser, en complicité avec son partenaire, à exécuter ces figures, en gardant le style , sans le trahir.
Les grandes poteries sont très dansées ,en voici la fiche:
 
partie A:,au départ,  tous les danseurs sont alignés, en alternance garçons/filles, épaule contre épaule, regardant dans des directions opposées.
La danse s'exécute en pas de bourrée du Berry, le premier pas plus allongé que les autres, il faut deux pas de bourrée pour effectuer un trajet sur ce schéma,(au début  en reculant en triangle, mesures un et deux), en avançant pour revenir sur la ligne, mesures 3 et 4, puis on recule de nouveau, en pas de pivot, pour refaire la pointe du triangle. enfin, on revient en avançant jusqu'à la ligne de départ.

cette chorégraphie se danse deux fois, jusqu'à la mesure 16


L'origine de la bourrée, impossible à préciser remonterait au Moyen Age, et d'après certains chercheurs cette danse nous serait venue d'Espagne, en passant par l'Auvergne. En effet lorsqu'on parle "bourrée" on pense souvent Auvergne. Cette sorte d'association de la bourrée et de l'Auvergne tient peut-être à la grande superficie de cette province et de ce fait à l'importance numérique et marquante des Auvergnats.
Cependant, plusieurs études réalisées en collaboration avec des auteurs de différentes provinces du centre, dont l'Auvergne, font apparaître nettement que la bourrée était plus répandue, plus ancrée en Limousin, en Bourbonnais, en Morvan et dans certaines régions du Berry.
George Sand, qui aimait à danser la bourrée et la dansait fort bien disait-on, avec beaucoup de souplesse et de grâce, caractérise dans ses écrits, la bourrée comme "notre danse classique, souple, bien rythmée et très gracieuse dans sa simplicité".
La danse populaire, obéissant aux lois du rythme comporte toujours un thème initial de base, autour duquel le danseur "de tradition" brode souvent au gré de sa fantaisie mais surtout en fonction de sa sensibilité et de son besoin naturel d'extériorisation.
L'extériorisation est presque toujours, chez le danseur de tradition, le résultat de l'ambiance gaie ou triste, souvent excitante qui règne dans la collectivité d'une veillée ou d'une fête populaire quelconque où l'on danse spontanément, sans préparation factice et par besoin naturel.

Dans un bon nombre de danses traditionnelles, il y a pénétration des thèmes dramatiques et ce ne sont pas des exceptions. Il est bien possible que des thèmes dramatiques populaires traditionnels, inconsciemment vécus par le peuple ont donné naissance à un certain nombre de danses traditionnelles.
Si l'on considère la technique générale de la bourrée, on peut dire qu'elle se caractérise par l'unité du pas dans la diversité des formes et des figures et par l'association étroite du chant, de la musique et de la danse. Le pas de. bourrée se retrouve dans de nombreuses danses fort différentes les unes des autres et exprimant tantôt l'énergie et la force, tantôt la douceur et la grâce, mais toujours réglé par un rythme impeccable et régulier. Le pas s'apprend en voyant danser et naturellement en dansant. Il est assez malaisé à assimiler par les débutants, et extrêmement difficile à décomposer, mais lorsqu'on est arrivé à le réaliser, on le possède pour toujours.
La forme montre toujours l'alternance d'au moins deux figures, correspondant aux différentes parties de la mélodie. L'une au moins consiste dans un déplacement individuel des danseurs, qui agissent chacun pour leur compte, dans un plan d'ensemble.
Dans la plupart des exemples connus, il s'agit d'une danse pour un petit nombre d'exécutants : deux, trois, quatre, six, rarement davantage.
D'autre part, il semble bien que la bourrée ne soit pas un support de coutumes particulières. Sa valeur apparaît avant tout récréative et esthétique.
Notre province du Berry doit actuellement la plus grande partie de son répertoire à quelques chercheurs amateurs passionnés, amoureux du Berry, qui ont travaillé surtout après la Seconde Guerre mondiale (entre 1945 et 1950) au cours de stages d'enquête.
Parmi ces pionniers il faut citer Pierre Panis, fondateur du groupe "Le Berry" qui a organisé des stages et a recueilli avec Roger Pearron, Madeleine et Jean Surnom en particulier, la quasi totalité des danses qui se pratiquent actuellement dans tous les groupes folkloriques berrichons. Ils ont essayé de recueillir, alors qu'il était encore temps, auprès des "gens du terroir" toutes les informations utiles et ils ont fait l'effort de comprendre et d'essayer d'interpréter les données et les résultats obtenus. Soucieux de vérité dans un domaine où beaucoup la sacrifient à l'effet scénique, ils ont noté les danses du Berry avec une exactitude aussi rigoureuse que le permettait l'état des connaissances en cette matière.

CONTES DU BERRY

Voici un conte sur les oiseaux qui se prête très bien à un travail autour de la musique, avec quelques appeaux...
Un extrait des "contes populaires et légendes du Berry et de Sologne", 

raconté par Laisnel de la Salle en 1900-1902 

(éditions Maisonneuve),

"L'esprit éminemment observateur de nos paysans, joint à leur amour du merveilleux, les pousse sans cesse à étudier tous les phénomènes naturels qui s'accomplissent sous leurs yeux.
Il faut bien que le travail incessant auquel est assujetti leur corps ne nuise
aucunement à l'activité de leur pensée, car, astronomie, météorologie, médecine, botanique, ou sciences occultes, tout est de leur ressort.
Ils vont même jusqu'à s'occuper de l'interprétation du chant des oiseaux et des cris des quadrupèdes.
Voici de quelle manière ils traduisent le langage de quelques-uns des animaux avec lesquels ils sont le plus habituellement en relation.
Le chant de la poule, au moment de sa ponte, s'interprète ainsi :
J'ponds, j'ponds, j'ponds, j'ponds pour Jacques !
Jacques désigne ici le peuple, la masse des travailleurs, le bonhomme Jacques du Moyen Age.
Au mois de mai, lorsque la caille trouve difficilement à se garnir l'estomac, elle va répétant :
Caille ! caillé !
j'ai un sa (sac), j'ai pas de blé !

Au mois d'août, lorsqu'elle serait à même de faire des provisions, elle chante :
Caille ! cailla
J'ai du blé, j'ai pas d'sa !

D'aucuns, et ce sont d'ordinaire les prêteurs d'argent, affirment que la caille dit tout simplement :
Paie tes dettes !
Paie tes dettes !

Mais les mauvais payeurs ajoutent que le canard alors demande :
Quand ? quand ? quand ?
et que la brebis répond :
Jamais !
La caille, en chantant, répète plus ou moins de fois :
Caille ! cailla !
Or, on prétend que le nombre le plus élevé de ces répétitions indique, à l'avance, le nombre de francs que coûtera, par boisseau, le blé qui est sur terre.
La chanson un peu confuse du touin ou pinson ne signifie pas autre chose que :
Si j'avais du sel,
j'mang'rais d'la chicorée !

Le loriot, que nous appelons garde-veaux, sans doute parce qu'il hante les vallées où paissent souvent ces jeunes animaux, va toujours disant :
Pour du begaud !
J'gard'rai tes veaux !

note : Le begaud est le petit lait
Le Compost des bergers, vieil almanach à l'usage des campagnes, composé sans doute par quelque bon moine, fait dire au loriot :
Confiteor Deo !
et la consonance de ces deux mots latins s'adapte beaucoup mieux à certaines notes du chant de cet oiseau que les paroles que nous lui prêtons.
Dans les premiers jours du printemps, le merle, préoccupé du sort de sa précoce couvée, que protègent mal encore les cépées sans feuillage de nos jeunes taillis, exprime ainsi ses inquiétudes :
Laboureux ! laboureux !
En cherchant tes boeufs,
Tu trouverais bien mes oeufs !

L'ortolan - les gastronomes ne s'en doutent peut-être pas - niche dans beaucoup de nos vignes.
C'est ce monotone chanteur que nos vignerons nomment Binetu, appellation qui est un reflet de la série de notes que fait entendre l'oiseau ; phrase d'excitation que le travailleur indolent accepte, à ce qu'il paraît, comme le conseil de la nature, car il ne faut pas oublier que le binage est une opération de la culture de la vigne.
Ainsi quand l'ortolan chante, il semble qu'il dise au vigneron:
Bines-tu ? Travailles-tu ?
Nos cultivateurs trouvent encore une sage exhortation dans le chant de la tire-arrache (la rousserole), espèce de grive qui vit dans les roseaux, où elle ne cesse de se démener en répétant nuit et jour :
Tire ! tire ! arrache ! arrache ! tire ! arrache !
L'un des plus jolis couplets de la chanson du rossignol est ainsi interprété :
Sue, sue, sue,
La bourrique, la bourrique !

Nous avons souvent entendu raconter dans notre enfance un vieux conte dont nous regrettons de ne plus retrouver de traces ni dans notre mémoire, ni dans celle de nos contemporains, et où ces mots : Sue, sue, la bourrique ! revenaient à plusieurs reprises. Autant que nous pouvons nous souvenir, dans cette légende, qui avait un sens sérieux que nous étions loin alors de saisir, le rossignol représentait l'homme de loisir, peut-être l'artiste, et se raillait de la bourrique, qui semblait jouer le rôle du prolétaire ou de l'artisan.
Le pivert, que nous nommons l'avocat du Meunier, parce que nous croyons que l'un de ses cris appelle la pluie, annonce les crues d'eau qui font tourner les moulins, en criant le long des écluses ou des biefs :
Pleue ! pleue ! pleue ! c'est-à-dire : Pluie ! pluie ! pluie !
L'alouette, qui s'élève en chantant vers le zénith, est souvent une âme qui se rend en paradis, et, si l'on s'en rapporte au savoir de ceux qui sont versés dans les langues ornithologiques, ce qu'elle chante en ce moment n'est autre chose qu'une prière qu'elle adresse à saint Pierre, et dont voici le sens :
Pierre, laisse-moi entrer,
Jamais plus ne faut'rai !
Jamais plus ne faut'rai !

Si l'alouette ou l'âme, après s'être perdue dans l'éther, ne reparaît plus à vos yeux, c'est qu'elle a été admise dans le séjour des élus.
Si, au contraire, vous la voyez redescendre, faites bien attention à son chant ; vous ne lui trouverez plus l'accent contrit et suppliant qu'il avait tout à l'heure ; car l'alouette à laquelle saint Pierre a refusé l'entrée du paradis, parce qu'elle a trop péché, s'en revient en chantant d'un ton colère et dépité :
J'faut 'rai ! j'faut'rai ! j'faut'rai !
note : Nous disons fauter pour pêcher, faire une faute, un pêché.
Quelques-uns de nos truchemans prétendent que l'alouette, en cette circonstance, chante tout simplement ce couplet philanthropique :
J'prie Guieu (Dieu), j'prie Guieu,
Pour le riche et pour le gueux.
"

CONTES du BERRY

 


LE SORCIER JEAN-LOU

(Jean-Louis Boncoeur)

Qui fait crever les poules de l'adjoint ?
Qu'ôte l'Iait des vaches et qu'térit les fousses ?
Qui commande au blé : " Là j'veux qu'tu pousses "
Et au lieuve qui court : " T'eus bin assez loin ? "
Qui qu'a fait languir l'Hortense et l'Angèle ?
Fait sécher l'Farnand cuomme un couton d'bois
Qu'a fait tourner fou l'gend'e au père François ?
Qui qu'a fait péri' la p'tite à l'Adèle ?
Pour prend'e l'gibier et griller les foins.
Jiter la clav'lée su' les bêtes et l'monde.
Faut qu'y asse au pays un quéqu'zum d'malin
(Les malins cheu nous c'est pas qu'ça l'abonde !)
On voit pas trop qui... Mais on sent les coups.
Et on dit tout bas : " Ça s'rait bin Jean-Lou ? "
C'est Jean-Lou !...

C'est Jean-Lou l'gambi, l'Sorcier du village
Une vraie maudition pour la société
Paraît qu'dans son coeur y a qu'de la ch'ti'té
Parsounne sait son nom... son pays, son âge...
Il est v'nu coumme ça... " Dieu sait pas d'là vou ! "
Qu'disont les bounnes âmes de son voisinage
Et on fait l'signe de croix su' son passage
Pour conjurer l'sort. " Dieu ! protégez-nous...
In nomen fili sanctou spiritou "
J'ons rencontré l'Aut'e !... l'Aut'e... l'savez-vous
C'est Jean-Lou !...

Qui qu'a pour amis qu'les bêtes à malchance
Les aspics, les coires, et les grands ch'tits loups
Et les grapauds, les souris-chaudes et les z'hibous ?
C'est Jean-Lou !...

Ses fleurs à lui, les herbes à sa conv'nance
C'est les ortruges, les échaussis, les z'houx
Les fausses potrelles, la ciguë et l'chimou...
Çui-là qu'counnaît toutes les poisons d'la science
C'est Jean-Lou !...

Qui qu'va à ménuit, dans les vieux cem'tières
Grobiller les os des morts, et qui qu'va
Les soirs de pleine lune anvec les sorcières
Au bois du Pendu t'nir l'grand sabbat ?
Et les nuits d'hiver si des lavandières
Tapont du battoué à la Font d'End'ssous
Savez-vous qui qui mène tout ça ? l'savez-vous ?
C'est Jean-Lou !...

A'vous rencontré l'tornant, la birette,
Anvec son drap blanc qu'dansaient su'l'carroué
Et qu'jouaient au clair de lune à la cachette
En grignant des dents derrié la vieill' crouéx ?
Ses yeux t'arluisont, c'est coumme deux flambettes !
Hou Hou Hou Hou Hou !... Hou Hou Hou hou hou !...
v'là qu'la peur vous met les jambes à vout' cou !
Ensauvez-vous pas ! l'fantôme est d'vant vous !
C'est Jean-Lou !...

L'follet qu'vint danser au mur du cem'tière
Et au quart du Bois Noir, l'loup-garou...
La chasse à Bodet dans l'guernier du Pierre
Et al grand' bête, et l'moine Bourru, et l'meneu'd'loups
Tout ça c'est Jean-Lou... c'est Jean-Lou
C'est Jean-Lou !...

Il est là, là-bas, ailleurs... et partout !
D'un mot l'mal est fait : d'un geste y peut tout.
Par l'feu... l'poison, l'mauvais sort va vite !
Que l'curé y venne an'c son goupillon
Sa crouéx, ses perières et son iau bénite
Pour exorciser - qu'y dit - la maison !
L'Grand Albert et l'Aut'e qu'on dit pas son nom...
Qu'on appelle seul'ment Chouse ou bin Gorgeon.
Savons bin qu'une chouse maudite rest' maudite
Goupillonnez don', curé, tout vout' saoul !
Y en a yun qui s'amuse à vous vouèr, Bon Diou !
C'est Jean-Lou !...

Qui qu'a rigolé l'soir de la Sainte-Anne
Qu'on a mis en terre la Jeannette Filloux
A s'avait pendue la veille par l'cou...
L' curé l'est pas v'nu : l'Eglise aile condamne
C'te façon d'mouri' : tant pis pour la Jeanne !
All'tait c'pendant bin pour les dévotions !
A fallu arrié qu'alle y soye pourtée
A faire une fin d'y elle dans ceux... conditions !
Y a p'tète un quèque z'un que l'ara... poussée !
On peut-y savouèr ? l'monde est si jaloux !
Qui qu'a rigolé, l'soir de la Sainte-Anne ?
C'est Jean-Lou !...

" Elohim bara ischah hits barakou !...
Baal Zebel yasar ischah rosch ouh !
Ouh Baal zebel ! Baal zebel !... Baal zebelle "
Tu ris ? Ris don' pas ! T'as l'vezon, ma belle !
Et charch' pas ailleurs qui t'a fait l'coup :
C'est Jean-Lou !...

T'as perdu l'amour et pis, même l'goût
D'consarver pour toi c'te vie inutile
Dis-toi : " C'est fini.., fini pour toujours... ! "
D'lautre couté paraît qu'on est si tranquille !
Si tu veux y aller, c'est pas défficile...
Yun qui t'enseign'ra un moyen bin doux
C'est Jean-Lou !...

Jean-Lou qui sait tout... Jean-Lou qui peut tout !
L'p'us grand des sorciers de R'zay à Marloup
L'Maît' de vout' esprit, d'vout' destin à tous...
Ah ! ah ! ah !.., c'est moi qui ris, c'est p'us vous !
Et qui qui rit ?.., qu' rira jusqu'au bout ?
C'est Jean-Lou !...

Mais qui qu'a pleuré longtemps, tout son saoul
Qu'a jamais counnu la douceur d'une femme
Un' ami d'école, un jouet à cinq sous ?...
C'est Jean-Lou !...

Champi sans amour, mais amoureux fou...
Pour qui qu'il arait consarvé son âme...
Il a rongé, tout seul, au fond d'son trou
Sa racoeur d'avoir jamais, coumme les aut'es,
A faire sautiller des p'tits su' ses g'noux...
C'est Jean-Lou !...

Un lit doux et chaud, coumme vous et les vôt'es...
Qui qu'on encav'ra un jour... n'importe où...
Sans minme une perière pour sauver son âme
Sans crouéx ni sans buis... : un nom... et c'est tout
C'est Jean-Lou !...